Pour la sixième année
consécutive, le Real Madrid ne parvient pas à passer les
huitièmes de finale de la Ligue des Champions. L'ouverture du
score de Cristiano Ronaldo en début de match n'a pas été
suffisante: à quinze minutes du coup de sifflet final, Pjanic a
égalisé, obligeant Madrid à marquer à deux reprises pour se
qualifier. Mais le score n'a pas bougé. C'est désormais
officiel: l'Olympique Lyonnais est bien la bête noire du Real
Madrid.
Certes, il faut reconnaître
que la prestation défensive de l'OL a été de très haut niveau:
l'équipe de Claude Puel s'est comportée en véritable bloc
collectif durant l'ensemble des deux rencontres de ce huitième
de finale. Mais le Real n'a pas été digne de son nom. Incapables
de concrétiser leurs occasions en première période, les hommes
de Pellegrini paraissaient totalement endormis en seconde
mi-temps, alors qu'ils auraient dû se lancer à l'assaut des buts
de Lloris.
Pourtant, le match a débuté
de la meilleure des manières pour les merengues. Dès le coup de
sifflet initial, un une-deux entre Higuaín et Kaká se termine en
frappe du Brésilien, détournée avec mérite par Lloris. Mais à la
6ème minute de jeu, Cristiano Ronaldo profite d'un service
magistral de Guti pour envoyer du gauche le ballon entre les
jambes du portier français. A cet instant du match, tout le
monde s'attend à une démonstration offensive madrilène, qui,
dans l'esprit de tous, allait nécessairement se terminer sur un
score de 3 ou 4 à zéro.
Surtout que la prestation
madrilène en première période était plutôt séduisante. Quelques
minutes après l'ouverture du score, Kaká réalise une magnifique
action personnelle sur flanc droit, enchaînant un petit pont et
un crochet avant de frapper dans le cadre. Mais l'homme qui doit
se mordre les doigts est certainement Gonzalo Higuaín... 'Pipita'
parvient premièrement à dribbler Hugo Lloris, lève la tête vers
le but vide et envoie le ballon sur le poteau. Quelques instants
plus tard, il réalise une frappe enroulée à l'intérieur du grand
rectangle, mais voit le ballon détourné par une main
providentielle du gardien lyonnais. Enfin, juste avant la pause,
il décroche un coup de tête qui passe à quelques centimètres du
cadre. En ajoutant à cela quelques tentatives de Cristiano
Ronaldo, et l'une ou l'autre apparition sans danger de Lyon,
personne ne doute de la supériorité madrilène (le Real a obtenu
jusqu'à 70% de possession de balle) et de la capacité des hommes
de Pellegrini à briser le collectif lyonnais.
Mais le quart d'heure de
pause a totalement modifié l'état d'esprit des deux équipes, et
a donc logiquement transformé la physionomie du match. Sûr
d'eux-mêmes, les madrilènes ont levé le pied. A tort... Quant
aux Lyonnais, ils ont laissé de côté leur peur du grand Real et
de l'impressionnant stade Santiago Bernabeú pour prendre le
contrôle de la partie et commencer à inquiéter Casillas. Face au
jeu lyonnais, le Real était condamné à la contre-attaque, mais
buttait inlassablement contre la solide défense française. Et
surtout face à Hugo Lloris, intraitable mercredi soir, qui a
tout pour devenir un très grand gardien de but.
Devant les cages de
Casillas, les occasions pleuvaient. Et le but lyonnais était
inévitable. Pjanic reçoit le ballon de Lisandro López, et en
profite pour fusiller le gardien merengue. 1-1 à la 75ème: le
Real doit marquer deux buts avant la fin pour se qualifier. Les
montées au jeu de Van der Vaart, Raúl et Diarra n'y changeront
rien: Madrid possède le ballon, mais ne parvient pas à inquiéter
Lloris. Lyon se borne à contre-attaquer, et aurait facilement pu
inscrire l'un ou l'autre but supplémentaire. La plus flagrante
occasion survient suite à une fulgurante contre-attaque
lyonnaise à 3 contre 1. Lisandro López se trouve seul, à
l'arrêt, face à Casillas, et frôle le ridicule en envoyant le
ballon à plusieurs mètres du cadre... 1-1, le score ne bougera
plus: le Real Madrid est éliminé.
Immédiatement après le coup
de sifflet final, la presse espagnole s'enflamme. "Adieu la
Champions League, adieu Pellegrini", titrait Marca vers 23h...
Manuel Pellegrini, encensé après l'épique remontée face à
Séville, est présenté comme un véritable incapable après
l'élimination face à Lyon. Humble, l'ingénieur chilien prend ses
responsabilités: "C'est de ma faute, je suis le principal
responsable". Pas du tout. Pellegrini a fait du bon travail à
Madrid, et tout le monde le sait. "Pellegrini a notre soutien,
car nous sommes les uniques responsables", déclarait avec
raison Iker Casillas. Mais tels sont les médias espagnols,
versatiles et ayant une capacité incroyable à traîner dans la
boue ceux qu'ils mettaient sur un piédestal quelques jours plus
tôt. "Pellegrini reste aux commandes", a déclaré Jorge Valdano
après la rencontre.
Mais il est vrai que la
colère est compréhensible. Florentino Pérez fait rêver tout le
monde, mais les résultats se font attendre. Après l'Alcorconazo
(ndlr: élimination par Alcorcón de la Copa del Rey) et
l'élimination face à Lyon, il est logique que les détracteurs se
font entendre. Mais comme l'a signalé Pellegrini, un projet si
ambitieux ne peut se juger en six mois. Il est donc primordial
pour les supporters de maintenir leur confiance tant dans le
comité de direction, que dans Manuel Pellegrini et dans ce
collectif exceptionnel. Mais les résultats sportifs ne seront
sans doute pas au rendez-vous en 2010... Reste la Liga, où le
bras de fer avec le FC Barcelone est loin d'être terminé...
Fiche technique
Real Madrid: Casillas, S.Ramos, Garay, R.Albiol, Arbeloa
(83' M.Diarra), L.Diarra, Guti, Granero (61' Van der Vaart),
Kaká (77' Raúl), C.Ronaldo, Higuaín.
Olympique Lyonnais: Lloris, Réveillère, Boumsong (45'
Källström), Cris, Cissokho, Toulalan, Govou, Makoun (45'
Gonalons), Pjanic (83' Ederson), Delgado, L.López.
Buts: Cristiano Ronaldo (6'), Pjanic (75').
Guillaume
Delle Vigne